La vérité, lorsque l’on monte au Belvédère, c’est de s’attendre au moins à une belle vue. L’endroit existe depuis longtemps et il est connu de plusieurs générations descendantes d’annéciens « pure souche ». L’accueil est d’une élégance discrète. Surtout qu’il nous faut traverser une salle déjà remplie, chuchotante et inquisitrice, lorsque nous rejoignons notre table. Pourtant je n’ai pas mis mon costard John Dodelande ce soir, ni inséré une plume de paon entre mes deux hémisphères postérieurs.
Le menu est correct et d’un bon rapport qualité prix. Un amuse-bouche au petit pois agaragarisé évoque une madeleine recomposée en coquillage dont les deux moitiés sont scellées à la fraise sucrée. Why not ? c’est assez curieux mais agréable en bouche. Je définis mon choix sur l’entrée « filet de bœuf façon Teriaky », taillé comme un tartare au couteau, assaisonné à la sauce soja, équilibré par l’acidulé de la coriandre fraiche ciselée, sur lequel un jaune d’œuf mollet est couché. A côté, un sorbet ketchup, sucré, et gai. Une évocation japonisante crue d’un tartare de bœuf qui ne vient pas de Kobé et qui aurait dû être cuit et laqué à en croire l’intitulé. Une interprétation assez agréable somme toute. Et surtout une viande savoureuse.
Pour suivre un saumon mi-fumé/mi-cuit avec une émulsion de piment d’Espelette. Grande sensibilité dans ce plat très bien réalisé mais dont la gélification de pamplemousse interloque. On a l’impression que ce pamplemousse ramène sa fraise pour encanailler le plat ou lui donner un coup d’excentricité dont il se passe fort bien. Les convives qui ont fait ce choix estiment à l’unanimité qu’il n’a rien à faire là. Par chance le bonbon est posé à côté et ne vient pas corrompre le plaisir du plat.
Le plateau de fromages est digne d’un savoyard. Et le dessert est une version très moderne du marbré au chocolat, avec fleurette au café. Deux triangles se superposent, l’un au chocolat noir et l’autre au chocolat blanc, très suaves, riches et réconfortants.
En dehors de ce repas réussi et concordant à nos attentes, il reste deux questions fondamentales.
Comment se fait-il que cette salle que je connais depuis 3 décennies maintenant n’arrive pas à se dépoisser de cette ambiance de funérarium ? Dans les années 80, le chef Aubeneau avait une brigade de vieilles serveuses revêches habillées à la mode corse. Puis quand Vincent Lugrin a repris le fond, les murs étaient tapissés année 70 dans les années 90. Et bien que le décor soit flambant neuf aujourd’hui, dans des couleurs de cuivre, l’ambiance est toujours de plomb ! y a-t-il des fantômes au Belvédère ?
La deuxième chose ? Puisque l’adage le dit « on ne peut comparer que ce qui est comparable » je pense aux 3 autres étoilés solitaires du coin qui sont donc étalonnés au niveau du Belvédère : à la Ciboulette de Paccard, cossu, confortable sans mauvaises surprises ; à Yoan Conte qui escalade l’ombre de son maitre le génie des alpages dans la nouvelle maison de l’ancien Veyrat, et à Bise la mythique et indétrônable institution qui renait de ses cendres, génération après génération.
Et quoi donc ? Et bien je m’interroge…

Recent Comments